Un ancien prisonnier de guerre se remémore la chute de Hong Kong à Noël 1941

Article / Le 21 décembre 2017 / Numéro de projet : 17-0362

Par Peter Mallett, journal The Lookout (Esquimalt, Colombie Britannique)

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Victoria (Colombie-Britannique) — Il s’est écoulé soixante-seize Jours du Souvenir depuis que le signaleur (retraité) Horace « Gerry » Gerrard a combattu pour le Canada lors de la bataille de Hong Kong. Mais le souvenir demeure.

Chaque année, lorsque les jours raccourcissent et que le 11 novembre approche, cet homme de 95 ans se souvient de la capitulation rapide des Alliés devant les Japonais, et le traitement brutal subséquent que lui et les autres soldats canadiens, indiens et britanniques ont subi aux mains de leurs capteurs dans des camps de prisonniers de guerre.

« Au Jour du Souvenir, tout ça me revient », souligne le sig (ret) Gerrard. « Durant le jour, je n’y pense pas tellement, mais le soir, c’est plus difficile, les souvenirs ne me quittent pas. »

La bataille a commencé le 8 décembre 1941, soit un jour après que Pearl Harbor ait été bombardée par le Japon, ce qui a marqué le début de la guerre dans le théâtre du Pacifique. La bataille de Hong Kong s’est déroulée en 17 jours à peine et pendant ce temps, les Alliés ont subi de lourdes pertes et ont rejeté de multiples demandes de reddition des Japonais. Ils se sont finalement rendus le jour de Noël 1941.

À la fin de 1941, 1 976 Canadiens ont été dépêchés à Hong Kong, et plus de la moitié d’entre eux, soit environ 1 050 soldats, ont été tués ou blessés. Parmi les 554 Canadiens qui ont perdu la vie, 290 sont morts durant la funeste bataille, tandis que 264 ont péri par la suite, lorsqu’ils étaient prisonniers de guerre. Le sig (ret) Gerrard dit que les souvenirs des camps demeureront gravés dans sa mémoire jusqu’au jour de sa mort.

« Lorsque des gens disent que c’est incroyable que j’aie survécu à la bataille, je leur réponds “non”, car ce qui est incroyable, c’est que j’ai survécu à mon internement », dit-il.

Le Japon ne faisait pas partie de la Convention de Genève, et il n’adhérait pas à ses principes liés au Traitement des prisonniers de guerre.

Hommages de la Légion

Le 7 novembre 2017, soit un mois avant l’anniversaire de la bataille, on a rendu hommage au sig (ret) Gerrard lors du dévoilement d’une plaque commémorative soulignant ses 65 années de service de la Légion royale canadienne ainsi que son rôle lors de la bataille de Hong Kong. Environ 60 personnes de la famille et des amis de M. Gerrard ont rempli l’avant de la salle de la filiale du centre-ville de la Légion pour la cérémonie, qui était organisée par l’Association canadienne des anciens combattants de Hong Kong (ACACHK).

« Lorsque j’ai entendu parler de la cérémonie, je me suis dit que j’allais recevoir une médaille et c’est une chose dont je n’ai pas vraiment besoin », a déclaré le sig (ret) Gerrard à la veille de la cérémonie. « Je suis surpris par le nombre de gens qui sont venus. Je dois admettre que cette reconnaissance et cette plaque – ça me fait plaisir. »

La plaque s’inscrit dans une initiative à l’échelle du pays menée par les filiales provinciales de l’ACACHK visant à rendre hommage aux 1 976 Canadiens qui ont combattu l’armée impériale japonaise en décembre 1941. Les plaques honorent ceux qui ont servi durant la guerre et elles comprennent des images pour aider les Canadiens à se souvenir de ceux qui ont servi lors de cette bataille souvent oubliée et aussi appelée la « chute de Hong Kong ».

« Gerry est le dernier militaire survivant du contingent du CTRC (Corps des transmissions royal du Canada), et l’un des 14 anciens combattants de Hong Kong qui ont été témoins de cette partie de notre histoire », affirme Gerry Tuppert, directeur régionale de l’ACACHK en Colombie‑Britannique. « La plaque servira à jamais de rappel des énormes sacrifices consentis par Gerry et ses camarades pendant les trois ans et huit mois qu’a duré la guerre pour eux. »

Les « misères » de la guerre

Bien que plus des trois quarts d’un siècle se soient écoulés depuis l’annexion de Hong Kong par le Japon, M. Gerrard est capable de donner une description très précise de ses expériences de la Deuxième Guerre mondiale.

Il est né à Bolton (Angleterre), le 19 janvier 1922, mais il a grandi à Red Deer (Alberta). En 1938, alors âgé de 16 ans, il s’est enrôlé dans la section de l’artillerie de la Réserve de sa ville, même si l’âge requis était 18 ans. Le commandant de l’unité a fini par céder à ses demandes répétées, réalisant à quel point il était intéressé et compétent en morse et en transmissions.

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, il s’attendait à être envoyé outre-mer, sur le front en Europe, mais lui et un groupe de signaleurs ont plutôt ont été envoyés à l’ouest pour monter à bord de navires de la Marine royale canadienne pour un périple à Hong Kong.

Comme se souvient le sig (ret) Gerrard, lui et le reste des Canadiens « ne savaient pas vraiment la misère qui les attendait », pendant qu’ils traversaient l’océan pour se rendre vers les combats sanglants et la zone de guerre dans le Pacifique.

Pendant que la deuxième guerre sino-japonaise faisait rage, tout près sur le continent, le commandement britannique avait décidé d’augmenter l’effectif de sa garnison de Hong Kong pour atteindre les 12 000 soldats. Mais cette tentative de démonstration de force pâlissait en comparaison des forces japonaises stratégiquement évoluées et comptant 50 000 soldats. Elles étaient aussi supérieures aux Alliés, en mer et dans les airs, et elles avaient l’avantage stratégique en matière de réapprovisionnement et d’équipement de leurs troupes.

C’était la tâche du sig (ret) Gerrard et des autres signaleurs de transmettre les communications entrant et sortant entre de la Bridage de l’ouest sur l’île et le quartier général. Il souligne que l’attaque des Japonais a été une surprise totale. Lorsque les premiers avions de l’ennemi sont arrivés dans les airs, il ne comprenait pas vraiment ce qui se passait.

« Les avions qui survolaient étaient la plus grande menace pour nous, dès qu’on allait sur l’île, ils nous avaient constamment à l’œil », souligne-t-il. « Lorsque l’attaque a commencé, j’ai vu un avion dans les airs; j’ai d’abord cru qu’il larguait des feuillets, mais j’ai rapidement constaté que c’étaient des bombes parce que les objets qui tombaient de l’avion explosaient lorsqu’ils touchaient le sol. »

Dans les jours menant à la reddition, le sig (ret) Gerrard dit que lui et le reste de son unité ont été en état d’alerte élevée, constamment à l’affût, et ils ont peu dormi.

Prisonnier de guerre

Lui et les Winnipeg Grenadiers faisaient partie de la bataille finale des Alliés à Hong Kong. Ils ont essayé de prendre la position stratégique de Mount Cameron, mais ils ont été forcés de se rendre la veille de Noël. Les Canadiens ont marché vers le bas de la colline et ils se sont rendus aux Japonais le jour suivant.

« Nous étions maintenant sous leur contrôle, mais au début ils [les Japonais] étaient hésitants et ne savaient pas quoi faire avec nous et nous ne savions pas ce qu’ils voulaient que nous fassions parce que nous ne parlions pas le japonais. »

Les prisonniers ont passé leur première année en captivité dans un casernement abandonné à Hong Kong. Ils ont ensuite été envoyés dans des camps de guerre permanents près de Tokyo, où ils sont restés plusieurs mois. Durant les derniers mois de sa captivité, il a été déplacé dans un camp de travaux forcés qui exploitait une mine de fer dans le nord du pays. Il a passé le reste de ses jours de captivité à frapper du métal dans une force.

Durant ces trois années comme prisonnier de guerre, il a connu la douleur répétée de voir des prisonniers souffrir de maladie et de famine et éventuellement en mourir.

« C’était à la fois pitoyable et effrayant de voir ceux qui étaient morts de faim et leurs corps rabougris; ces hommes, je les connaissais », dit-il.

Un jour, un des prisonniers de guerre n’arrêtait pas de répéter : « C’est fini. »

« Le lendemain matin, lorsque nous nous sommes présentés au travail, il n’y avait aucun garde et nous étions livrés à nous-mêmes. Nous avons reçu l’ordre de rester dans le camp jusqu’à ce que les américains puissent nous libérer un mois plus tard. Ils nous ont gardés en vie en larguant de la nourriture, des fournitures médicales et autres à partir des airs. »

Le sig (ret) Gerrard pesait 113 livres lorsqu’il a quitté le camp.

En décembre 2011, le Japon a présenté des excuses officielles aux anciens combattants canadiens pour les mauvais traitements subis dans les camps de prisonniers de guerre. Cette nouvelle a été reçue au moment où le sig (ret) Gerrard faisait partie d’une délégation canadienne en visite au cimetière de guerre de Sai Wan, à Hong Kong, pour souligner le 70e anniversaire de la bataille.

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