Les pièces des Queen’s Own Rifles, un « devoir sacré » envers leurs morts au combat

Article / Le 26 novembre 2019 / Numéro de projet : 19-0211

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Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Toronto (Ontario) — Une tradition vieille de 20 ans, qui permet d’honorer les militaires du Régiment morts au combat depuis 160 ans avec des Pièces du Souvenir, est encore en vigueur chez les Queen’s Own Rifles of Canada (QOR).

« Les membres du Régiment sont très enthousiastes, et ils adoptent cette tradition sacrée comme une obligation régimentaire », affirme le lieutenant-colonel Frank Lamie, actuel commandant de ce régiment de la Réserve basé à Toronto (Ontario).

La tradition a commencé avec l’adjudant-chef (retraité) Shaun Kelly, lors des cérémonies du Jour du Souvenir de 2001, alors qu’il servait comme sergent-major régimentaire.

« Durant les deux minutes de silence, l’intention est que vous songiez aux soldats qui étaient là avant vous et à votre régiment ou corps », précise l’adjuc (ret) Kelly. « À ce moment, j’ai pensé aux anciens sous-officiers supérieurs (s/off sup) qui étaient décédés récemment. »

Les médaillons du défi : une tradition militaire

En même temps, des membres de la Compagnie de parachutistes des QOR avaient pris sur eux de produire un ensemble de médaillons du défi.

Tradition militaire officieuse, largement perçue comme provenant de l’Armée des États‑Unis, les médaillons du défi visent à favoriser le moral et l’esprit de corps. Lorsqu’ils sont mis au défi par d’autres soldats, les militaires doivent produire un médaillon ou payer une tournée lors de la prochaine occasion sociale appropriée s’ils ne peuvent pas produire de médaillon.

« L’un des carabiniers est venu me voir et m’a demandé pourquoi il n’y avait pas de médaillons pour les non parachutistes du Régiment », se rappelle l’adjuc (ret) Kelly. « Alors j’ai pensé à cela pendant un bout de temps et j’en suis arrivé à l’idée que chaque soldat du Régiment devrait porter un médaillon régimentaire. »

Le plus ancien régiment d’infanterie en service continu du Canada

Encouragés par les deux chefs supérieurs actuels et les vétérans des QOR, l’initiative est allée de l’avant, tirant parti des efforts des militaires à documenter de façon exhaustive les soldats des QOR tombés au champ tout au long des 160 années d’histoire du Régiment. Comme les QOR forment le plus ancien régiment d’infanterie en service continu du Canada, son existence remonte à avant la Confédération.

Chaque Pièce du Souvenir rend hommage à un des militaires de l’unité tombé au champ

Les premières Pièces du Souvenir étaient prêtes à être remises lors du Jour du Souvenir de 2002. Sur le côté face, on trouve l’emblème et la devise des QOR – In Pace Paratus (Prêts dans la paix) – et sur le côté pile se trouve l’inscription du nom du militaire tombé au combat ainsi que la date où son sacrifice suprême a été fait.

Les nouveaux membres reçoivent une Pièce du Souvenir choisie au hasard, explique l’adjuc (ret) Kelly, ce qui est symbolique de l’égalité des soldats et des carabiniers sur le champ de bataille, quel que soit leur grade.

« Les officiers et s/off sup n’ont pas de privilèges. Ils sont sur le terrain et ils sont autant en danger que les soldats qui y sont aussi. Au combat, nous vivons dans les mêmes conditions. »

Des commandants successifs portent des pièces significatives

Il y a une exception à la règle, soit que le commandant et le sergent-major régimentaire d’une unité aient sur eux les pièces, qui sont passées à leurs successeurs respectifs. De fait, le commandant en a deux avec lui. Comme l’explique toutefois le lcol Lamie l’explique, ce n’est pas une question de privilège.

L’un porte le nom de l’enseigne Malcolm McEachern, la première victime parmi les QOR; il est mort en 1866 durant la bataille de Ridgeway dans l’actuelle Ontario – s’inscrivant dans le vaste combat contre des insurgés irlando-américains connus sous le nom des féniens.

La seconde pièce rend hommage au major-général Malcolm Smith Mercer, qui a été tué le 2 juin 1916 en Belgique et qui demeure le Canadien le plus haut gradé tué au combat.

« Le fait de porter deux pièces est un message au corps des officiers, et particulièrement au commandant, qu’il faut toujours saisir l’obligation de mener à partir du front et de subir les risques des carabiniers du Régiment », souligne le lcol Lamie. « Cela sert aussi de rappel constant que votre sacrifice et votre contribution au Régiment et au pays pourraient être ultimes. Ce degré de responsabilité – soit la responsabilité ultime – est largement unique à la profession des armes. »

Des sergents-majors successifs portent la pièce d’un héros de la Deuxième Guerre mondiale

Pendant ce temps, des sergents-majors successifs du QOR, portent la pièce du sergent Aubrey Cosens, qui a été tué en février 1945, près du hameau allemand de Mooshof. Le Régiment avait souffert de lourdes pertes, laissant le sgt Cosens prendre le commandement des quatre membres survivants de son peloton.

Il a cherché de l’aide d’un peloton de chars qui se trouvait tout près pour confronter un groupe d’Allemands occupant une ferme, a expliqué l’adjuc (ret) Kelly.

« Il a tué 20 Allemands et en a capturé 20 autres ce jour-là », ajoute-t-il. « Ce qui est malheureux, c’est qu’il a été tué plus tard par un tireur d’élite. Il avait un problème, et il a trouvé que la solution était de demander de l’aide. C’est une leçon pour les sergents-majors : vous avez des sous-officiers supérieurs – des hommes et des femmes talentueux – et nous avons besoin de faire appel à eux à l’occasion pour avoir de l’aide. »

La remise des Pièces du Souvenir, chaque 11 novembre, est un événement solennel

Le lcol Lamie, qui a assumé le commandement des QOR en 2017, affirme que le fait de confier des Pièces du Souvenir aux nouveaux membres du Régiment à chaque Jour du Souvenir est une expérience émouvante.

« Lorsque ces hommes et ces femmes vous regardent dans les yeux, c’est un moment marquant. Ils voient clairement que c’est une obligation sacrée et un devoir, non seulement pendant qu’ils sont en service actif, mais durant toute leur vie. Chaque Pièce du Souvenir que je remets, et chaque nom de militaire décédé que je lis avant de leur remettre leur pièce, je renouvelle sens du service. » 

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