Le colonel honoraire Kathleen LeGrow prendra sa retraite après 14 ans de service auprès du 37e Bataillon des services

Article / Le 1 octobre 2019 / Numéro de projet : 19-0177

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Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

St. John’s (Terre-Neuve-et-Labrador) — Le colonel honoraire Kathleen LeGrow est une leader dans le monde civil, menant une vie remplie d’œuvres philanthropiques reconnues à l’échelle nationale (elle a été reçue à l’Ordre du Canada en 2005), provinciale (elle a été reçue à l’Ordre de Terre-Neuve-et-Labrador en 2018) et locale (elle a obtenu un doctorat honorifique en droit de l’Université Memorial en 2014).  

La vie professionnelle du colonel honoraire LeGrow a suivi un parcours tout aussi remarquable. Après avoir fait carrière pendant 15 ans en travail social, elle a quitté son emploi pour s’occuper de l’entreprise familiale, une chaîne d’agences de voyages à succès, à une époque où les femmes n’étaient souvent pas prises au sérieux autour d’une table de direction.

Il n’est pas surprenant qu’elle ait été aussi efficace durant ses 14 ans à titre de colonel honoraire du 37e Bataillon des services, une unité de la Réserve de l’Armée ayant des éléments dans sa ville natale de St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador, ainsi qu’à St. John, au Nouveau-Brunswick.

Elle prendra sa retraite de ce rôle à la fin octobre 2019, et a gentiment accepté de nous parler de son expérience.

L’entrevue qui suit a été raccourcie et modifiée à des fins de clarté.

Q1 : Comment vous a-t-on approchée pour devenir colonel honoraire?

Mon père a déjà été colonel honoraire du 37e Bataillon de services. Lorsque nous organisions ses funérailles, on m’a offert de lui fournir une garde d’honneur. J’ai trouvé que c’était une bonne idée, étant donné sa longue collaboration militaire. Il a servi comme officier de marine durant la Seconde Guerre mondiale; il faisait partie du service qui escortait la Marine marchande lors de ses traversées de l’Atlantique Nord.

Moi aussi, j’ai été réserviste de marine vers la fin du secondaire et le début de l’université. Quand j’ai su que mes collègues masculins se faisaient payer leurs études universitaires, j’ai demandé la même chose pour moi. Mais on ne payait pas pour les femmes à cette époque. Comme je commençais à m’intéresser au mouvement féministe, j’ai décidé que je ne voulais plus servir; j’ai terminé mes trois années, et je suis sortie.

Lorsque le commandant de l’unité m’a demandé si j’aimerais reprendre le rôle de mon père, je me suis rendu compte qu’il y avait très peu de femmes colonels honoraires. J’ai répondu que l’offre m’intéressait.

Q2 : Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant?

J’ai eu beaucoup de succès dans la vie et j’ai été honorée et récompensée pour différentes réalisations. Mais sur le plan du bénévolat, être colonel honoraire est ce que j’ai le plus aimé. J’ai une bonne expérience : j’occupais ces fonctions depuis 14 ans, ce qui est un très long état de service pour un poste honorifique.

Mon unité serait heureuse que je continue — et moi aussi — mais c’est vraiment le temps que quelqu’un d’autre reprenne le flambeau. Je passe à un nouveau chapitre en octobre.

Q3 : De quelle façon votre long état de service à titre de colonel horaire a-t-il influencé vos liens avec les soldats?

Les soldats me témoignaient un immense respect et je pense que c’est en partie grâce à mon engagement et aux efforts que j’ai faits pour apprendre à les connaître, me familiariser avec leur réalité, apprendre à faire un salut et agir à titre d’officier de la revue. Ils apprécient ce genre de choses. Je m’efforçais aussi de communiquer avec eux et, je l’espère, de faire une différence dans leur vie.

Lorsque des membres de l’unité partaient en déploiement, il était important d’établir des liens avec leurs familles pour s’assurer qu’elles allaient bien. D’autres ont perdu des êtres chers ou sont tombés malades, et il fallait les aider à traverser ces épreuves. Nous honorions aussi les soldats qui avaient fait des efforts héroïques pour atteindre divers échelons dans leur carrière militaire. Toute sorte de choses.

Q4 : De façon générale, le rôle du colonel honoraire consiste à être le porte-parole et le défenseur de l’unité. Comment avez-vous accompli cette tâche?

Il faut un certain temps pour comprendre. Il faut établir des liens avec l’équipe de commandement et, comme vous les savez, cette équipe change — il y a du roulement —, ce qui a une incidence sur ces liens.

Au fil des changements, j’ai commencé à réaliser que j’étais en quelque sorte une personne qui devait transmettre l’histoire et la culture de l’unité, dans une certaine mesure. J’étais probablement un pilier au même titre que certains des officiers en service de longue date.

J’ai dû surmonter d’autres défis durant mon mandat. En 2010, mon unité a été scindée en deux : une moitié se trouve ici à St. John's, Terre-Neuve, et l’autre est dorénavant à St. John, Nouveau-Brunswick. Je m’efforce d’entretenir des liens avec l’autre moitié au Nouveau-Brunswick, mais c’est complexe.

Lorsque ce genre de chose arrive en dehors du contexte militaire et que vous constatez qu’il n’y a aucune autre solution, il faut l’accepter et se retrousser les manches. Je le voyais comme une partie de mon rôle à l’époque : faire ce qu’il y avait à faire.

Q5 : À titre de féministe, que pensez-vous des progrès faits par l’Armée sur le plan de l’égalité?

Je suis très fière de l’Opération HONOUR, même si des problèmes à ce niveau existent encore. Il faut beaucoup de temps à une société pour s’adapter à une nouvelle façon de penser, et j’ai l’impression que certains de ces problèmes sont plus profondément ancrés dans la culture militaire. Je connais beaucoup de femmes militaires servant depuis longtemps qui ont simplement appris à vivre avec, si vous voyez ce que je veux dire.

J’ai travaillé dans un monde d’hommes toute ma vie. J’ai souvent été la seule femme dans une pièce remplie d’hommes qui ne voulaient tout simplement pas entendre ce que j’avais à dire.

Ce genre de situation existe beaucoup moins de nos jours, ce qui est une bonne chose. C’est bien de pouvoir défendre ses idées, de se sentir respectée et de savoir qu’on n’a pas à tolérer de tels comportements.

Q6 : Parlez-nous de certains des plus beaux souvenirs que vous avez de votre service.

J’en ai tellement que je ne sais pas par où commencer.

J’ai participé à un camp de survie, donc je sais maintenant me servir d’une scie à chaîne… même s’il n’est probablement pas très prudent de me laisser en utiliser une [rire]! J’ai voyagé à Fort Pickett en Virginie avec mon unité. J’étais présente à pratiquement tous les exercices à Gagetown.

Je suis également allée à Wainwright lorsque les troupes se préparaient à partir en Afghanistan. On m’a invitée à sauter d’un avion, mais mes enfants s’y sont opposés, donc je ne l’ai pas fait. J’ai aussi visité le quartier général de l’OTAN à Bruxelles.

Aucune autre organisation ne vous permet de vivre de telles expériences. J’ai découvert un tout autre monde, et j’ai porté mon uniforme avec fierté.

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