La Colline du Parlement : le QG militaire du chantier du canal Rideau au XIXe siècle

Article / Le 29 août 2019 / Numéro de projet : 19-2010

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Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa (Ontario) — Bien que la Colline du Parlement évoque maintenant les immeubles du Parlement, la tour de la Paix, la cérémonie de la Relève de la garde ainsi que les feux d’artifice de la Fête du Canada, autrefois, elle portait le nom de Barrack Hill (colline du casernement) et c’était le quartier général du chantier de construction du canal Rideau.

Ces dernières années, une série de fouilles archéologiques a mis au jour les ruines remarquablement bien conservées de bâtiments militaires et une quantité énorme d’artéfacts remontant à près de 200 ans.

Les travaux archéologiques ont lieu dans le cadre du projet de réhabilitation de l’édifice du Centre (PREC) supervisé par Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC). C’est l’un des projets patrimoniaux les plus vastes et complexes du genre jamais entrepris et l’on s’attend à ce qu’il dure au moins 10 ans.

« Il est de pratique courante de réaliser des études archéologiques avant que les travaux d’excavation aient lieu pour s’assurer qu’aucun artefact potentiellement précieux ne soit endommagé ou détruit », souligne Stephen Jarrett, le gestionnaire du projet d’archéologie et archéologue principal.

Les fouilles les plus récentes, qui ont commencé en mai 2019, ont permis de révéler le poste de garde et d’autres petits bâtiments sur le versant est de la colline. L’on s’attend à ce que les fouilles se poursuivent au moins jusqu’en octobre de cette année.

Cachés sous le gazon vert, les massifs de fleurs et les statues pendant près de deux siècles, les ruines dévoilent quotidiennement de nombreux artefacts délicatement manipulés par les 10 à 14 archéologues. Parmi les articles trouvés : des boutons régimentaires, des pièces de monnaie, des plaques de shako qui ornaient ces casques militaires cylindriques, des pièces de vaisselle, des os de bœuf et des arrêtes de poissons, un contenant de céramique intact de la taille d’une bouteille de bière qui renfermait de l’encre pour une plume, et même des jeux de billes pour les enfants.  

« C’est une occasion unique de travailler sur l’un des sites historiques les plus importants au  Canada », souligne M. Jarrett. Le site est aussi désigné site du patrimoine mondial par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

La planification finale de la série de fouilles sur le parterre de la Colline du Parlement a commencé en 2017.

L’équipe archéologique a creusé des tranchées en juillet 2018, et sa première grande découverte a été le casernement. Ensuite, elle a trouvé la poudrière et la cuisine. L’étude archéologique de ces trouvailles a été complétée en 2018.

Un poste de garde bien conservé a été trouvé

En 2019, les fouilles autour du poste de garde ont commencé. M. Jarrett souligne qu’il est remarquablement bien conservé. On craignait qu’il ait subi des dommages en raison des projets d’infrastructure modernes, mais ça n’a pas été le cas.

Bien que les archéologues aient disposé de plans d’archivage pour les guider, ils ont eu quelques surprises. « Nous avons trouvé une rallonge au poste de garde qui ne figurait pas sur les plans. Elle a été ajoutée durant les années 1850 », affirme M. Jarrett.

Les fondations du sous-sol et du rez-de-chaussée du poste de garde ont été soigneusement dégagées du sol et ramenées à l’air libre après avoir été démolies pour laisser la place aux édifices du Parlement. Les fondations ont été construites avec des pierres de taille irrégulière prises dans une carrière un peu plus à l’est sur la Colline.

« Le bâtiment comptait trois niveaux : le sous-sol, le rez-de-chaussée et un étage », précise-t-il. « À l’étage, on trouvait l’hôpital qui desservait les ouvriers de construction du canal et les gens de l’armée », souligne-t-il. Il indique aussi trois petites cellules de prison de forme carrée, vraisemblablement les premières à Ottawa, qui s’appelait encore Bytown à l’époque.

Il dit que le bâtiment a été bâti directement sur le substrat rocheux. « On peut encore voir les stries faites par les glaciers qui se déplaçaient en direction sud-est sur les terres. »

Futur site touristique?

Le site des fouilles sera-t-il de nouveau enterré quand on aura fini de chercher de précieux artefacts?

« On envisage d’en faire une attraction touristique permanente, mais la question est encore à l’étude », précise Asha-Rani Boucher-Sharma, la gestionnaire de projet principale qui est responsable du programme d’évaluation du PREC.

Elle décrit comment l’équipe a retiré une partie de la structure du poste de garde et en a tracé un plan en format électronique afin qu’il puisse être reconstruit à l’identique.

En juillet 2019, le site de fouilles a été ouvert au public pendant deux fins de semaine, ce qui a engendré l’idée d’un site permanent pour faire vivre l’expérience aux visiteurs.

On ne sait pas quand exactement les bâtiments ont été démolis pour laisser la place aux édifices du Parlement, mais c’est probablement durant les années 1860. Certains des bâtiments de Barrack Hill étaient encore utilisés pendant et peu après la construction du nouveau complexe. À peine 34 années après que le canal soit achevé, les édifices du Parlement étaient aussi terminés. Il est probable que certaines des pierres d’origine aient été réutilisées pour les nouveaux édifices.

Comment Barrack Hill a vu le jour

Entre 1827 et 1858, Barrack Hill était l’endroit où le lieutenant-colonel John By et les British Royal Engineers avaient leurs quartiers militaires. Ils ont conçu le canal Rideau et en ont supervisé la construction.

Les ingénieurs étaient appuyés par deux compagnies de construction de l’Armée britannique, soit les 7th et 15th Royal Sappers and Miners, comptant 160 artisans et soldats compétents ayant une vaste expérience de la construction. De leur côté, ils supervisaient plus de 6 000 ouvriers durant la construction.

Ils ont construit plusieurs édifices de la Colline, y compris trois casernements, un poste de garde, une cuisine et un hôpital. Ces structures ont servi de quartier général pendant la période de six ans qu’il a fallu pour construire le canal Rideau, et elles ont servi durant environ 30 ans.

Bref historique de la construction du canal Rideau

Le canal a d’abord été construit à des fins militaires, à la suite de la guerre de 1812 : pour offrir une route d’approvisionnement alternative entre Montréal et Kingston, à une période où la seule autre route, la voie maritime du St‑Laurent, était vulnérable à une attaque du côté des États‑Unis.

Cette attaque ne s’est jamais produite et aujourd’hui, le canal Rideau est connu comme lieu de navigation de plaisance pendant l’été et comme l’une des plus longues patinoires au monde pendant l’hiver.

La première pelletée de terre a eu lieu à l’automne 1826 et lorsque la dernière pierre a été mise en place, à peine six ans plus tard à l’automne 1832, plus de 202 kilomètres de terre et de pierres avaient été déplacés à l’aide d’explosifs, de pics, de pelles, de brouettes – à grands renforts de sueur et de sang.

Le canal a été construit par plus de 6 000 ouvriers, dont bon nombre étaient des immigrants irlandais et des Canadiens français. On estime que 1 000 hommes sont morts par suite d’accidents dus à des explosions, de chutes de pierre et de la malaria, à un poine tel que les travaux ont été interrompus à la fin de l’été en raison de la propagation de la maladie. Même le lcol By a souffert de la malaria plus d’une fois.

Après l’achèvement du canal, quelque 70 membres des Sappers and Miners sont restés au Canada, et certains ont servi comme maîtres-éclusiers le long du canal.

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